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Le temple du judaïsme français
La plus grande synagogue de France, érigée sous Napoléon III grâce aux Rothschild, au cœur d'un Paris haussmannien qui remodèle jusqu'à l'emplacement de ses lieux de culte.
Adresse : 44 Rue de la Victoire, 75009 Paris
Horaires : Les demandes de visites se font par courriel: infos@lavictoire.org
Tarif : 10€
Accès : Métro ligne 12 Station Notre-Dame-de-Lorette
Site : Voir le site officiel
Au cœur du 9e arrondissement de Paris, au numéro 44 de la rue de la Victoire, se dresse l'un des monuments religieux les plus remarquables de la capitale. La Grande Synagogue, surnommée « synagogue de la Victoire », est bien plus qu'un lieu de culte : elle est le reflet vivant de l'histoire du judaïsme français.
C'est sous l'égide du grand rabbin Lazare Isidore et de Gustave de Rothschild que les travaux débutent en 1867, sur l'emplacement d'un hôtel particulier offert en cadeau de noces par Napoléon Bonaparte à son frère Louis. Le terrain est mis à disposition par la Ville de Paris, et la communauté juive, dont la population a plus que doublé sous le Second Empire, finance l'essentiel du projet par souscription. Ce mécénat massif de la famille Rothschild vaut d'ailleurs à l'édifice le surnom populaire de Rothschild-Schüle.
L'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, refuse que l'entrée s'ouvre sur la rue de Châteaudun, à mi-chemin entre les églises de la Trinité et de Notre-Dame-de-Lorette. L'entrée principale est donc reportée sur la rue de la Victoire, orientant ainsi l'édifice vers le nord plutôt que vers Jérusalem, comme l'aurait voulu la tradition.
Conçue dans un style néo-byzantin par l'architecte Alfred-Philibert Aldrophe, la synagogue est inaugurée en 1874 et ouverte au culte public en 1875. Sa façade monumentale culmine à 38 mètres de haut, et sa nef peut accueillir jusqu'à 1 800 fidèles.
À l'intérieur, le visiteur est saisi par la richesse du décor : une nef au volume impressionnant, du velours rouge et de magnifiques vitraux représentant les douze tribus d'Israël. Les sols sont recouverts de mosaïques et des luminaires spectaculaires — lustres, lanternes et torchères monumentales — viennent illuminer l'espace.
La synagogue de la Victoire a traversé les grandes heures comme les périodes les plus sombres du peuple juif. Le colonel Alfred Dreyfus s'y est marié avant le déclenchement de l'Affaire qui bouleversa la fin du XIXe siècle.
Theodor Herzl, père du sionisme moderne, la fréquenta assidûment lors de son séjour à Paris dans les années 1890, où il puisa une partie de son inspiration.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la synagogue subit une explosion en 1941, une profanation en 1942, ainsi que des contrôles d'identité organisés à l'issue de l'office de Roch Hachana en 1943. Mais les rafles purent être évitées, les responsables ayant été prévenus à temps pour cacher les fidèles en danger.
Classée monument historique depuis 1987, la synagogue est aujourd'hui la propriété de la Ville de Paris. Elle constitue la deuxième plus grande synagogue d'Europe après celle de Budapest.
Siège du Grand Rabbinat de France, elle conserve près de 200 ans d'archives musicales et perpétue le rite ashkénaze alsacien, héritage des juifs d'Alsace-Lorraine installés à Paris après 1870.
À la fois sanctuaire, mémoire et tribune, la synagogue de la Victoire incarne, pierre après pierre, l'enracinement du judaïsme dans l'histoire de France.
🕌 1867 : Début des travaux sous la supervision d'Alfred-Philibert Aldrophe
✨ 1874 : Inauguration en présence du grand rabbin de France et du préfet de la Seine
🕊️ 1914 : Attentat à l'explosif devant l'entrée pendant l'Occupation
🏛️ 1987 : Classement au titre des Monuments historiques