Frankenstein : quand l’homme veut rivaliser avec Dieu -

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🎬 CULTURE

FRANKESTEIN
Une relecture sombre et fidèle du roman de Mary Shelley par Guillermo del Toro.
🎬 INFOS FILM
Réalisation : Guillermo del Toro
Avec : Oscar Isaac, Jacob Elordi, Mia Goth
Sortie : 2025
Plateforme : Netflix
Genre : Drame / Horreur gothique
Durée : 2h29
Bande-annonce : Voir la bande-annonce
🧠 Le lien avec le religieux

Le mythe de Frankenstein interroge une question profondément religieuse : jusqu’où l’être humain peut-il aller dans la création de la vie ? En donnant naissance à une créature, Victor Frankenstein s’arroge un pouvoir traditionnellement attribué à Dieu.

Cette œuvre fait écho à un thème central dans les traditions religieuses : la limite entre le créateur et la créature. En cherchant à dépasser sa condition, l’homme risque de perdre tout repère moral, un motif que l’on retrouve notamment dans le récit de la démesure humaine (hybris).

Plus qu’une imitation de Dieu, Frankenstein met en garde contre une création sans responsabilité : créer la vie, oui, mais sans amour ni éthique, mène au chaos.

Frankenstein : quand l’homme défie Dieu

Lorsque la créature de Frankenstein découvre le récit de la Genèse, elle y reconnaît l’histoire d’Adam, façonné de la terre par Dieu et animé par le souffle divin. Ce moment agit comme un miroir troublant : face à Adam, aimé et accompagné par son Créateur, la créature mesure l’abîme qui la sépare de son propre géniteur humain.

À travers cette scène, Mary Shelley inscrit son roman dans une réflexion ancienne et toujours actuelle sur les limites de la création humaine et sur la tentation, pour l’homme, de se substituer au divin.

La tentation prométhéenne du savant moderne

Victor Frankenstein exprime lui-même l’ambition qui le consume : créer un être semblable à lui, percer les secrets de la vie. Cette quête s’inscrit dans une tradition intellectuelle où l’orgueil humain — que les Grecs nommaient hybris — conduit l’homme à transgresser des limites fondamentales.

Dans le récit biblique, la création de la vie relève exclusivement de Dieu. Le texte de la Genèse distingue deux dimensions : la matière, façonnée à partir de la poussière, et le souffle de vie insufflé par Dieu (Genèse 2:7).

La question n’est pas seulement de créer, mais de comprendre ce que signifie donner la vie.

Victor Frankenstein reproduit le geste matériel, mais demeure incapable d’en assumer la portée symbolique et morale. Le roman montre les conséquences d’un acte créateur dépourvu de responsabilité.

Créer sans aimer : la faute morale du créateur

Contrairement au Dieu biblique, qui contemple sa création et la juge « très bonne » (Genèse 1:31), Victor Frankenstein rejette son œuvre dès qu’elle prend vie.

Ce refus de la relation et de la responsabilité constitue l’un des axes majeurs du roman. La créature compare sa condition à celle d’Adam : là où Adam bénéficie de l’attention de son Créateur, elle n’hérite que de l’abandon.

Mary Shelley suggère que le véritable scandale n’est pas tant l’acte de création que l’absence d’éthique qui l’accompagne.

Échos bibliques et coraniques de la création

Cette réflexion traverse également la tradition islamique. Le Coran attribue à Jésus (ʿĪsā) un miracle singulier : façonner un oiseau d’argile et lui insuffler la vie « par la permission d’Allah » (Sourate 3:49).

Cette précision est centrale : la création n’est jamais autonome, elle s’inscrit dans une dépendance explicite à la volonté divine.

Babel, Prométhée et la transgression des limites

Le mythe de la Tour de Babel et celui de Prométhée offrent des parallèles éclairants. Dans les deux cas, l’homme cherche à s’approprier un pouvoir qui le dépasse.

En sous-titrant son roman Le Prométhée moderne, Mary Shelley inscrit explicitement Frankenstein dans cette lignée mythologique.

Une lecture contemporaine

Cette interrogation trouve aujourd’hui un écho particulier à l’ère de l’intelligence artificielle et du génie génétique.

Conclusion

Frankenstein ne raconte pas seulement l’histoire d’un monstre, mais celle d’un créateur défaillant. Le roman interroge une question fondamentale : la capacité technique suffit-elle à légitimer l’acte ?

✍️ Article rédigé par Barbara MOULLAN pour ILETAIT1FOI
Média pédagogique sur les faits religieux et la laïcité